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Lisez le monde ici
Pensif, époustouflé et méditatif dans une messe de requiem
Une épouvante surhumaine tient ma pensée en tandem
Obsédé par la finitude de cette vie que la mens veut éternelle
Se montrant a contrario pourtant plus courte et plus cruelle
Au delà des vaines attentes de l’humain toujours tendu
À désirer avec frénésie la pérennité dans ce monde tordu !
L’être raisonnable poussé par la vanité de son intelligence
Croit braver entraves et errances et va sans transigeance.
Il amasse honneurs et richesses dans un lieu sans cœur
Il oublie souvent momentanément l’idée que l’on meurt
Car le monde ne tourne pas rond, le non-initié s’y confondrait
Le divin sage éveille pourtant : et si tout venait à s’effondrer ?
Têtu, emporté, plongé dans ses fantaisies qu’il en perd le nord
L’être de raison se cramponne à la vie qu’il en oublie la mort.
L’amour-propre l’emporte très à juste titre sans ménagement
Le frère, l’ami et le convive tous comme par enchantement
Sont poussés loin au second plan de la matrice nourricière
Autant faire de sa propre vie l’unique et la seule bénéficière.
Quelle pure tromperie! Loin s’en faut qu’elle soit l’unique,
Bourrée, tirer la couverture de son coté en fait plutôt l’inique
Vu que dans l’ordre d’ici-bas tout est apparenté et colloqué
Que rien ni personne n’ose s’en balancer et s’en moquer
Voulant s’accaparer de tout ignorant qu’il se morfondrait
Le divin sage éveille pourtant : et si tout venait à s’effondrer ?
Ô mortels présomptueux, quelle grande audace péremptoire!
Une fin inespérée à tant de projets est pour le moins aléatoire
Une vie sans fin à son confort est une histoire à dormir débout.
Pourquoi ne pas se réjouir à pouvoir joindre les deux bouts
D’une année que nul ne sait jamais comment elle débute
Sans que nul ne sache jamais comment et quand il bute.
La vie d’un mortel n’est pas plus qu’un compteur à rebours
Inutile de tant s’y attacher c’est un large chemin sans retour.
L’homme le comprend de mal en pis et préfère l’ignorer
Son monde à lui est bien un vaste et grand théâtre coloré
Il veut le conquérir, en faire sien sans pour autant se combler.
Le divin sage éveille pourtant : et si tout venait à s’effondrer ?
Le pèlerin terrestre qui se débat, il est faible et veule
Le combat rude l’entache tel un meunier avec sa meule
Toujours soucieux d’un pas plus grand que le premier
D’une récolte à profusion qui remplit tous les greniers
Dans un espoir immonde de pouvoir murmurer à son âme :
Recueilles-toi et reposes-toi loin de toute fatigue infâme!
Maintenant tu es comblée et rien ne peut troubler ta paix
Tu n’as plus à te courber ni à ployer sous le poids du faix
La complétude et l’abondance t’ont finalement visitée
Prends tes aises, respires la liberté tout est à toi concocté.
L’illusion est bien peinte, ne manque que le funèbre portrait.
Le divin sage éveille pourtant : et si tout venait à s’effondrer ?
La perfection n’est pas de ce monde ô stupide larve!
Pas de satisfaction à la soif de posséder, il ya une lave
Qui éprouve, qui enserre, qui fait couler de chaudes larmes
De l’innocent aussi bien comme de l’ingrat, elle désarme.
Loin d’être le lieu mondain des aises et de toute plénitude,
La terre est le lieu d’exercices, de sollicitude et de solitude
L’esprit humain ne saurait substantiellement s’y complaire
De lourds moments de cafard viennent où il ne sait que faire
N’empêchent que les tribulations poursuivent leur cours
Dans l’insouciance totale que le parcours est trop court.
Si Dieu ne lui réservait pas l’ignorabimus, la vérité le mordrait
Le divin sage éveille pourtant : et si tout venait à s’effondrer ?
Mille sabords ô mille milliards de gargouilles galopantes!
Quel autre remède à ce remous aux allures triomphantes
Si non le crucifié aux illuminantes marques triomphales
Le seul capable de donner directions à toutes ces rafales.
Au demeurant, ce sens semble dépourvu de tout sens
Quel autre médiateur, bon pourvoyeur de sens au non-sens
Si ce n’est que Jésus-Christ Seigneur et vainqueur du monde ?
Lui qui connait la misère de l’homme, il ferait bien la ronde
Pour consoler, éduquer et sauver l’humanité pécheresse
La tirer de l’anéantissement, la guérir de toute sa sécheresse
Histoire de délivrer la mens humaine de ce qui la taraudait
Suffise qu’elle médite sa voix : et si tout venait à s’effondrer ?
