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Money ! Le mot semble plus court mais son contenu préoccupe tous les esprits y compris le mien, moi qui trace ces lignes. Le monde évolue en termes économiques et tout ce qui s’y fait est évalué à prix d’argent. Chaque service rendu, tout travail exécuté, un article à l’étal du marché a un prix. Rien de gratis ! Où est la place de la compassion et de la mutualité ? Peu dans de ce monde, peu est ce qui ne se fait pas payer. Faisons le point.
Le pauvre soupire derrière cette mondanité, les richards et les richissimes n’en sont jamais comblés. L’esprit se remplit de l’idée des liasses et des liasses au point d’en être à la tentation de les diviniser si d’ailleurs cela ne serait pas le cas chez certaines âmes fébriles. Philosophes et penseurs se sont cassé les méninges à ce sujet mais les esprits en demeurent ébouriffés jusqu’à être entraîné à laisser au jugement de qui veut réfléchir qu’ici-bas tout est argent. Dans le tintamarre de ce qui semble ne durer qu’un instant, la course a l’air de ne jamais prendre de répit. Chacun se réveille en défiant l’aube et la première préoccupation qui se pointe dans les tréfonds de la caboche est presque toujours la même : où trouver l’argent, comment préserver la monnaie, comment encaisser des millions ? Le créateur en façonnant l’homme doit avoir employé une glaise parente avec les billets de banque qui les réclame tout le temps. Il est assez convenable de courir tous les risques pour avoir de quoi passer sous la dent. Paradoxalement, ce sont les plus nantis qui doublent d’efforts pour se nantir davantage. Le fossé se mue en abîme.
Des pensées des penseurs
Parler d’argent a toujours été délicat. C’est un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive et qui reste toujours non complètement élucidé. Des philosophes ont émis leurs points de vue, tantôt contradictoires, tantôt pessimistes. Pour Aristote, « l’argent est un moyen et non une fin ». L’idée est juste mais le moyen pour atteindre ce moyen reste obscur, ce qui pousse certains tendancieux à pourchasser le pognon comme une fin. Benjamin Franklin se pointe pour affirmer que « l’argent n’a jamais fait le bonheur de personne»; une position radicale qui n’est pas pourtant si tenace puisque le rêve de tout le monde est de rouler sur l’or. On n’en voit même qui s’en sortent bien avec leurs sous sans commettre aucun forfait. Et d’ailleurs avec quoi siroter une bière bien fraîche, quelle astuce mène à la plage pour se bronzer au soleil torride, qu’est-ce qui réunit gaiement les amis si ce n’est pas l’argent ? On n’en tire pas certainement tout le bonheur mais des joies certaines et nécessaires y coulent à flots. Et Platon, le plus connu des philosophes essentialistes, qu’en dit-il ? Pour lui, « l’argent peut acheter des biens mais pas la vraie richesse ». Rien d’étonnant, venant de Platon qui accorde le primat à ce qui échappe au sensible et il a raison à bien d’égards. Les avis des penseurs ne sont pas épuisés mais un contraste se fait déjà percevoir : le débat autour de l’argent semble pessimiste pour d’aucuns.
Un pessimisme sournois
Quand Blaise Pascal laisse entendre que « l’argent est un bon serviteur mais il ne faut jamais le laisser gouverner », il faut tout de suite constater les limites imposées à son usage. C’est comme quand Jean Paul Sartre affirme que «l’argent est un moyen d’évaluer les choses mais il ne peut pas mesurer la valeur humaine ». La maxime est sans appel dans son point de vue éthique. La problématique revient à savoir quand dire que l’argent gouverne ou ne gouverne pas. Souvent, ceux qui n’ont pas encore empoché une bonne somme sont ceux qui vilipendent la monnaie. Une fois bénis avec une bonne fortune, leur mépris se volatilise telle la rosée qui nait de l’aurore. Un pessimisme sournois se nourrit dans les cœurs en quête d’un départ vers la réussite et un aveuglément guette ceux qui entassent des richesses.
Jusqu’ici rien ne semble être rassurant au sujet de l’argent. L’anecdote du sage Sénèque : « l’argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître » peut résumer et englober toutes les positions optimistes et pessimistes. La course à l’argent ne décélèrera jamais tant que le monde reste monde ; l’éthique de l’argent reste le seul moyen d’y assurer l’honnêteté.
