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L’homme est un être doté de raison qui lui permet de penser sur le réel en scrutant le vrai et le faux. Le vrai est recherché, alors que le faux mérite d’être rejeté. Cette présente dualité existe également chez un chercheur qui conjugue ses efforts dans la science en cherchant toujours le meilleur. Cependant, la raison qui consiste en progrès du savoir occasionne en même temps la chute en mettant l’homme aux dédales des produits technologiques. Dans ce sens, la raison devient aujourd’hui une question ouverte à un déchiffrement. Ainsi, le philosophe sape l’ancien ou l’assimile, il bâtit sur de nouveaux fondements et crée de nouvelles normes, une nouvelle raison. Cette dernière nous fait penser à un outil à double tranchant qu’est la rationalité scientifique, arcboutée par la technologie. En même temps que les fruits des recherches scientifiques sont innombrables sur l’humanité, le monde naturel a été substitué par le monde artificiel, où l’Intelligence Artificielle (I.A) est à l’œuvre de la science au lieu de la pensée. L’Absolu semble être ignoré par la prétention de la raison de pouvoir tout. Toute cette polémique nous amène à traiter le sujet libellé ainsi : l’ambivalence du progrès scientifique.
Dans l’étau de l’impasse ?
A partir de cet énoncé, nous pouvons nous poser tant de questions : Etant donné que la raison est conçue comme le bon sens qui consiste dans l’autodépassement, dans quel sens se comprendrait l’ambivalence du progrès de la science ? Autrement dit, quels sont les impacts positifs ou négatifs de la science sur l’humanité ? Quelles seront les normes sur lesquelles la science restera science, c’est-à-dire cohérente à partir des résultats ? Pour répondre à ces préoccupations, nous soutenons la même thèse que Jean Ladriere pour qui la science se comprendra par une perpétuelle ambivalence : «D’un côté, il y a une sorte de confiance naïve dans les possibilités de la science que l’on a tendance à surestimer ; de l’autre côté, il y a un sentiment de distance, fait de crainte, de méfiance et sans doute d’une frustration profonde, devant son étrangeté, devant tout ce qu’elle peut avoir de déroutant pour les évidences spontanées et immédiates».1Le justum medium d’Aristote a l’air d’y constituer un puissant palliatif.
La science, toujours ambivalente
Trois hypothèses corroborent notre thèse. D’abord, les résultats de l’activité scientifique contribuent à donner sens à l’existence humaine et à rafraichir sa raison créative et inventive. Ensuite, les pouvoirs de la raison qui devraient être orientés vers la création d’une culture digne de l’homme ne conduisent cependant qu’à la destruction et à la barbarie. Enfin, nous optons pour la reconnaissance de la complexité : « La science qui est d’ailleurs toujours incomplète, opère un passage continuel de l’irrationnel au rationnel, elle lie toujours le connu à l’inconnu, dans un mouvement permanent. »2
En fin de compte, force est de lutter contre les deux excès du progrès scientifique, soit dans l’utopie rationnelle, soit dans le scepticisme intellectuel. Comme remède, nous soutenons un double effet de la science, une prise de conscience de son ambivalence. Des normes sur lesquelles il faut bâtir une science sont la démonstration, la vérification de la fécondité de la méthode et l’évaluation des résultats visés par la science et analyser profondément ses effets sur l’humanité.
