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Quand l’expérience éclaire la jeunesse! « Un ancien assis voit plus loin qu’un jeune debout ». Ce proverbe africain évoque une vérité pas moins profonde : la sagesse ne dépend pas de la position physique, mais de l’expérience. Dans un monde où la jeunesse est exaltée, il est, plus que temps, bon de redécouvrir la valeur de l’écoute des anciens, de leur mémoire, de leur discernement. La sagesse ne s’improvise pas : elle se construit avec les années, les épreuves, les leçons de la vie. Les anciens sont porteurs d’une richesse humaine, culturelle, spirituelle.
Que révèle ce proverbe ?
Trois éléments méritent une attention particulière. Primo, « l’ancien assis » symbolise l’expérience, la mémoire du passé, la sagesse mûrie. Secundo, « le jeune debout » représente la force, la vitalité, mais parfois l’impatience ou l’ignorance des réalités profondes. Tertio, « voir plus loin » signifie anticiper, juger avec recul, discerner au-delà des apparences. Ce proverbe n’est pas une nostalgie du passé, mais une invitation à l’équilibre, à l’humilité et à la reconnaissance des sages qui éclairent nos pas. La jeunesse a besoin d’énergie, certes, mais aussi de repères. Et parfois, c’est l’ancien assis dans le silence qui voit ce que nul autre ne perçoit.
La complémentarité entre jeunes et anciens
Une société équilibrée est celle qui sait écouter ses anciens et former ses jeunes. « Chez les vieillards se trouve la sagesse, et une longue vie donne l’intelligence » (Jb 12,12). Il ne s’agit pas d’opposer les générations, mais de les mettre en dialogue. La jeunesse a l’énergie, les anciens ont l’orientation. Rejoignons ici le pape François qui, dans son exhortation post-synodale Christus Vivit (n.191-193) s’adressant aux jeunes, appelle à une « jeunesse avec des racines ». Il condamne ainsi tout « jeunisme » et invite à la transmission et au respect mutuel. A cette occasion ne maque-t-il pas aussi d’appeler les adultes à ne pas regarder avec mépris les plus jeunes, mais à les accueillir et à les traiter comme des frères.
Un message pour notre temps
Dans un monde pressé, numérique, individualiste, le danger est d’ignorer ceux qui ont le plus à transmettre. Revaloriser la parole des anciens, c’est redonner des racines à notre modernité. Les églises, familles, institutions doivent favoriser des lieux d’écoute, de transmission, de mémoire. Notre vision, nos progrès, nos réussites reposent sur l’expérience, la sagesse et les acquis de ceux qui nous ont précédés. Nous devons maintenir la nécessité de l’humilité, de la mémoire, de la reconnaissance intergénérationnelle et de la collaboration entre le passé et le présent. Plus jamais une tension entre jeunesse moderne et sagesse ancestrale.
Au demeurant, dans un monde marqué par le culte de la nouveauté, la vitesse et l’individualisme, les jeunes peuvent reconnaître la richesse de l’expérience des aînés et en faire une source d’inspiration pour construire leur avenir. L’hyperconnexion ne devrait pas les couper des anciens sous prétexte qu’ils ne comprennent plus rien au monde actuel. Oui, un monde amputé de son avenir, qui étouffe la graine avant l’éclosion est à décourager. Mais aussi et surtout, une société sans mémoire, un monde orphelin de sagesse, une génération ingrate à ses racines est à désarmer à tout prix.
