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Les progrès scientifiques dans le domaine de la procréation ont conduit à de nouvelles formes de fécondation artificielle, notamment la FIVETE (fécondation in vitro et transfert d’embryon). Ces techniques posent des questions fondamentales sur la valeur et la dignité de l’embryon humain. Dans son Manuel de Bioéthique, Elio Sgreccia offre une réflexion anthropologique et morale fondée sur la loi naturelle et la dignité de la personne humaine.
Valeur anthropologique de l’embryon
Selon Elio Sgreccia, l’embryon humain n’est pas un simple amas de cellules, mais un être humain complet dans son développement initial. Dès la conception, il possède une identité biologique propre et une continuité ontologique qui en font un sujet humain à part entière. L’embryon humain, dès le moment de la fécondation, doit être considéré comme un être humain porteur d’une dignité qui ne dépend ni de son développement ni de sa reconnaissance sociale. Cette affirmation repose sur une anthropologie personnaliste : la personne ne se définit pas par ses fonctions psychologiques, mais par sa nature même d’être humain. De plus, « il a été créée à l’image de Dieu » (Gn1, 26). L’embryon est donc une personne en puissance et en devenir, mais déjà porteuse de tous les droits fondamentaux de la personne, notamment le droit à la vie. Ainsi, « L’être humain doit être respecté comme une personne dès le premier instant de son existence»[1]. De même, saint Jean-Paul II rappelle que « la vie humaine est sacrée parce qu’elle comporte dès son origine l’action créatrice de Dieu»[2]. Ainsi, la valeur anthropologique de l’embryon est fondée sur la dignité ontologique de la personne humaine, créée à l’image de Dieu. Tout acte scientifique ou médical qui touche à l’embryon doit donc reconnaître cette dignité et la protéger comme un absolu moral.
Les techniques de fécondation artificielle
Sgreccia ne rejette pas les progrès scientifiques, mais il insiste sur la nécessité d’une éthique au service de la vie. Il distingue entre autres : les techniques qui assistent l’acte conjugal sans le remplacer (par exemple la stimulation hormonale ou l’insémination intra-utérine liée à l’acte conjugal) qu’il juge moralement acceptables si elles respectent la dignité du couple et de la vie naissante. Il considère moralement inacceptables les techniques qui remplacent l’acte conjugal (comme la fécondation in vitro ou FIVETE), car elles dissocient la procréation de l’union des époux et réduisent la vie humaine à un produit technique :« La procréation doit demeurer le fruit d’un acte conjugal d’amour, non le résultat d’une manipulation technique »[3]. La FIVETE, selon Sgreccia, introduit une rupture entre l’unité et la fécondité du mariage, en transformant l’enfant en objet de désir plutôt qu’en don. Selon Jean Paul II, ces techniques sont moralement inacceptables parce qu’elles séparent la procréation du contexte intégralement humain de l’acte conjugal[4].
Somme toute, l’Eglise reconnaît la souffrance des couples stériles et les invite à rechercher des solutions respectueuses de la loi morale, en s’ouvrant à des formes de fécondité spirituelle et d’adoption. Sgreccia souligne enfin que la véritable mission de la bioéthique n’est pas d’opposer science et foi, mais de les unir dans le service de la vie. La science doit être au service de l’homme, non l’homme au service de la technique.
[1]Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Instruction Donum Vitae (22février 1987), I, 7.
[2]J.-Paul II, Lettre Encyclique Evangelium Vitae (25mars 1995), n. 60.
[3]E. Sgreccia, Manuel de Bioéthique. Les fondements et l’éthique biomédicale, Mame-Edifa, Paris 2004, 255.
[4] [4]J.-Paul II, Lettre Encyclique Evangelium Vitae n. 14
