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Faire un rapport entre le temporel et le spirituel lorsque l’homme s’interroge sur l’homme n’est pas un simple jeu hasardeux. Jacques Maritain, un philosophe chrétien français, s’est acquitté d’exhiber ce que doit être l’homme intégral. Cela dans son fameux traité Humanisme intégral. Le binôme temporel/spirituel est au cœur de ce chantier. Selon sa thèse maitresse, l’homme est à la fois corps et âme, matière et esprit. Par conséquent, « le spirituel doit vivifier le temporel. Ainsi le christianisme doit informer ou plutôt transpénetrer le monde (…) pour que le réfraction du monde de la grâce y soit de plus en plus effective, et pour que l’homme y puisse mieux vivre sa vie temporelle » 1 . Son souci en amont est ainsi de proposer une vision profonde de l’homme et de la société, fondée sur la dignité de la personne et inspirée par les valeurs chrétiennes. Il va sans dire que pour lui on ne peut pas séparer le temporel du spirituel sans déchirer la personne humaine elle-même. Ces deux ordres doivent collaborer au service du bien de la personne humaine.
Le temporel au service du spirituel
Aux yeux de Maritain, le temporel nourrit concrètement le chemin spirituel de la personne. Il constitue le lieu de l’incarnation de la foi pour autant que c’est dans le monde réel que la foi se vit. Les défis du monde aident à grandir en vertu et en sagesse. Et nul n’est censé ignorer que le chrétien engagé peut être un signe vivant de l’Evangile, dans les structures humaines. Le quotidien devient chemin de sainteté : une vie bien vécue dans le monde glorifie Dieu. En termes on ne peut plus clairs, le temporel donne un terrain concret pour vivre et éprouver le spirituel. Et le spirituel ? A bras croisés ? Loin s’en faut !
Le spirituel au service du temporel
Le spirituel, aux dires de Maritain, oriente, éclaire et purifie l’action dans le monde. Il rappelle que la vie ne se réduit pas à l’éphémère. Il oriente le temporel vers des fins plus hautes. La justice, la solidarité, le respect de la personne humaine sont des fruits d’une vision spirituelle de l’homme. Le spirituel relie tout à une finalité transcendante, en unifiant les efforts dans le service du bien commun. Il freine les dérives matérialistes, individualistes, ou idolâtrique du monde. Ainsi, le spirituel guide, éclaire et élève le temporel.
En définitive, le temporel enracine le spirituel dans la réalité ; le spirituel donne sens et lumière au temporel. Ils se nourrissent l’un l’autre dans une dynamique humaine intégrale. Il n’y a pas toutefois confusion, plutôt il y a distinction : il faut que l’ordre temporel soit temporel, et que l’ordre spirituel soit spirituel ; mais il faut aussi qu’ils soient unis dans l’homme et dans la société selon la juste hiérarchie. Une civilisation temporelle n’est pleinement humaine que si elle est ouverte à l’influence des vérités spirituelles. Bref, le temporel et le spirituel se révèlent deux jambes de l’homme intégral, c’est-à-dire équilibré et accompli à l’image de la raison et la foi, deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité, selon la sainte expression de saint Jean Paul II. Dans cet ordre, c’est le Christ qui est le centre de l’humanisme pour autant qu’il est le modèle de l’homme pleinement réalisé. Par Lui, le ciel touche la terre, c’est de cette façon que le spirituel féconde le temporel sans confusion.
