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Quand la torah mosaïque crie sans cesse : « ne faites pas acception de personnes dans vos jugements ; écoutez également le petit et le grand ; ne craignez personne, car le jugement est à Dieu » (Dt1, 17) ; la fable de Lafontaine réplique avec cette maxime : « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de la cour vous rendront blanc ou noir ». Et la vie réelle ? Faisons le point.
Quel paradoxe de l’œuf et de la poule ! Nous ne manquons pas au théâtre de la vie : les as ne cessent de s’en mettre pleins les fouilles, tandis que les pauvres serrent la ceinture plus étroitement et gisent encore dans la disette. Les puissants de ce monde sont traités avec clémence alors que le faible est pris violemment avec sévérité. Seul Dieu est juste et impartial.
Pertinence de la maxime lafontainienne
On pourrait se demander si cette morale de Lafontaine n’a pas pris un coup de vieux. Elle est tombée à pic. A l’heure actuelle, même des richards sont pris et emprisonnés. Si jamais vous aviez eu vent de l’Affaire Patrick Balkany, l’ancien Maire de Levallois-Perret. Il a été condamné à une peine de prison ferme pour fraude fiscale et blanchiment de la monnaie, marquant ainsi un tournant dans l’attitude des juridictions envers les personnalités puissantes. L’affaire Patrick se veut un choc à une époque où l’on croit les puissants intouchables. Peut-être vivons-nous une forme de rééquilibrage, tardif mais salutaire, qui réconcilierait les citoyens avec le principe d’égalité devant la loi. Par l’image des animaux, Lafontaine illustre des tares humaines : la corruption et l’hypocrisie du système judiciaire. La justice n’est pas toujours juste, elle est quelque fois aveugle. Le jugement varie en fonction du statut social et de la puissance des individus. D’aucuns semblent être au-dessus des lois comme si leur statut les plaçait hors d’atteinte.
Morale de la fable toute entière
Le péché de l’âne était seulement d’avoir mangé de l’herbe d’autrui, lui le pauvre herbivore, ce qui semble être une broutille par rapport aux meurtres du lion, roi des animaux. Pourtant, il devient le coupable idéal, lui faible et maladroit ; sa peccadille fût jugée un cas pensable. Du côté de chez les hommes, on fait souvent porter le chapeau à l’autre pour sauver sa propre peau. Cette fable est une critique acérée des inégalités devant la Justice. Elle est un concept complexe et multifacette qui peut être influencé par de nombreux facteurs. La sagesse antique n’a pas épargné le regard téléologique sur cette maxime de Lafontaine. Du moment que l’injustice est la source de tous les maux chez Platon, elle est la mère de la révolte chez Aristote.
Chant sur le paradoxe de la justice
*Blanc ou noir, c’est ainsi que la justice décide ; selon votre statut, votre valeur est définie.
*Puissants, vous êtes au-dessus des lois, vos crimes sont oubliés, vos fautes sont pardonnées, tandis que les misérables sont condamnés.
*Les juges ferment les yeux sur vos abus de pouvoir, vos privilèges sont intouchables, tandis que les pauvres sont écrasés.
*Le système est conçu pour protéger les intérêts des puissants et des riches, tandis que les pauvres sont laissés pour compte.
*Mais qu’en est-il de la justice, qu’en est-il de l’égalité, n’est-ce pas un droit fondamental pour tous les êtres humains ?
*Non, semble-t-il, car la justice est à vendre au plus offrant, et les pauvres sont condamnés.
*Alors, je crie, je hurle, je proteste contre cette injustice, qui détruit nos sociétés, et qui nous fait perdre notre humanité.
*Blanc ou noir, c’est ainsi que la justice décide, mais nous, nous devons décider, de lutter pour une justice juste pour tous.
[1] La célèbre maxime tirée de la fable de Lafontaine « Les animaux malades de la peste » publiée en 1678.
