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Le culte de l’instant et l’Esperance chrétienne : une théologie du temps contre l’accélération
L’époque contemporaine, caractérisée par la vitesse numérique et l’impératif de la performance, a engendré un véritable « culte de l’instant ». Sous l’emprise de l’accélération technologique et sociale, notre rapport au temps est profondément altéré, privilégiant l’immédiateté, la gratification instantanée et le présentisme. Ce tumulte extérieur, qui fragmente l’attention et érode la patience, pose un défi majeur à la vie intérieure et à la Théologie de l’Espérance chrétienne, laquelle s’articule fondamentalement autour d’une vision spécifique du temps.
L’accélération incessante, théorisée notamment par le sociologue Hartmut Rosa, transforme le temps en une denrée rare à optimiser. Le culte de l’instant — l’impératif de vivre chaque moment comme une fin en soi, souvent sous le prisme de la consommation ou de l’image — est une forme de présentisme qui occulte la dimension historique du passé (la Mémoire de l’Alliance) et la dimension eschatologique du futur (l’Espérance de la Résurrection).
D’un point de vue théologique, ce présentisme est une forme d’immanence qui coupe l’humain de sa vocation transcendantale. Le théologien suisse Karl Barth nous rappelle que l’homme est une créature du temps, que Dieu, loin d’être un instant figé, est un Dieu qui agit dans le temps car pour lui « Le temps est le don de Dieu à la création ; l’éternité n’est pas l’absence de temps, mais l’accomplissement du temps.
Le christianisme affirme que Dieu est l’Alpha et l’Oméga, Maître du Chronos (le temps qui s’écoule) et du Kairos (le temps de l’occasion favorable, de l’événement décisif). Le culte de l’instant ne connaît que le chronos accéléré, le vidant de son sens spirituel et le transformant en une simple course sans but.
Face à cette dictature de l’éphémère, la foi chrétienne oppose une puissante théologie du Temps enracinée dans l’Espérance (Elpis). L’Espérance chrétienne n’est pas un optimisme naïf, mais une certitude théologale fondée sur un événement passé — la Résurrection du Christ — qui inaugure un avenir certain : le Royaume.
C’est le théologien Jürgen Moltmann qui a le plus fortement développé cette idée, insistant sur le fait que l’Espérance est le moteur même de la foi et la force qui nous permet de résister au présent oppresseur. Il dit « L’Église vit du futur de Jésus-Christ. Et c’est pourquoi elle est, dans sa forme authentique, un exode du présent. » Cette Espérance donne à la vie intérieure un mouvement téléologique : l’existence est orientée vers un but qui dépasse le cycle incessant de l’actualité. Elle permet de :
– Réhabiliter l’Attente (Patience) : La vertu chrétienne de la Patience n’est pas une passivité, mais une résistance active au désir d’immédiateté. Elle est l’art de vivre le Chronos en le rapportant au Kairos.
– Valoriser la durée et la maturation : La spiritualité nécessite une durée qui s’oppose à la fragmentation. Elle exige une lenteur qui honore le temps nécessaire à la maturation spirituelle.
Le Silence Contre le Bruit
La véritable riposte au tumulte de l’accélération et au culte de l’instant se trouve dans la redécouverte du Silence et de la Contemplation. Ces pratiques, loin d’être un retrait du monde, sont une discipline pour décentrer le moi de l’immédiat. Le silence crée un espace intérieur (le désert) où l’âme peut échapper à la tyrannie de l’urgence et se souvenir de sa véritable patrie. Le chrétien est appelé à devenir un « révolutionnaire du temps », capable de transformer le Chronos en un Kairos vécu.

Mes sincères félicitations
Merci beaucoup mon père Justin Moïse Maronga pour cette ouvrage!