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Notre âge est arrivé à l’abri de toute signification qu’on en pourrait apporter. Voilà la première évidence qu’il faut porter au pinacle de la réflexion théologique contemporain. Les théologiens intoxiqués par la conviction chimérique de la Nouvelle Éthique Mondiale se réclament des drôles athées : le relativisme s’hébergera dans la morale chrétienne, le pluralisme se croit une intersection du champ de bataille religieux, la belligérance poursuit entre la foi et la raison, la dictature du bruit s’impose à l’humanité. Toutes ces astuces font retentir à nos oreilles une crise de la foi accotée par la prédication de Jésus : Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? (Lc18, 8)
Crise de la tradition
Dans la période qui est la nôtre, nous sommes confrontés à l’évasion et l’aigrissement des enseignements traditionnels. Loin d’exiger à hue et à dia le fixisme, la tourmente d’une contradiction entre la foi et la vie est apparente. Pour ce, la foi se revêt d’un ton lénifiant, un ton agressif. Or, « la foi éclaire tout, elle permet, elle veut l’audace tranquille »1. Nous assistons cependant à un déclin des vocations, lesquelles tendent à se clairsemer en se livrant à la perfidie de la mauvaise foi : une inclination sexuelle exagérée, un fidéisme indicible, l’ignorance de la doctrine (or la vie n’est viable ni vivable sans la connaissance, disait Edgar Morin). Depuis ce témoignage, une réduction à l’aventure crisique est aux antipodes de la vocation sacerdotale et du don du mariage. A cela se joindrait la chute de la pensée pour les prêtres qui se baigne dans l’atmosphère de l’activisme et du spiritualisme.
Les enjeux du relativisme
Le cardinal Ratzinger condamne déjà le courant du relativisme, « qui est devenu maintenant le problème central pour la foi chrétienne. » 2 Dans ce fléau, l’homme se permet de renoncer devant l’immensité de la vérité. Le monde qui se sent civilisé sombre déjà dans les ténèbres en brisant l’élan volumineux de Dieu. Malheureusement, le monde a choisi de s’organiser, de vivre et de penser sans Dieu. Il est en train de faire une terrible expérience : partout où Dieu n’est pas, là est l’enfer.
Appel à la vigilance
A y voir de près, le christianisme viril et fort doit aller jusqu’à être un christianisme héroïque. En résistant avec courage, en face du monde et contre soi-même, aux entraînements et aux séductions d’un faux idéal, le chrétien maintient fièrement les valeurs chrétiennes menacées et bafouées. Avec une humble fierté, le chrétien qui veut demeurer fidèle ne peut que repousser d’un non catégorique un néo-paganisme qui s’est constitué contre le Christ. Que nous soyons prudents aux paroles du Christ quand il disait aux apôtres : « il surgira des faux christs et des faux prophètes qui produiront de grands signes et des prodiges, au point d’abuser, s’il était possible, même les élus. » (Mt 24, 24)
Somme toute, si rien n’est fait, on tombera dans la décadence des mœurs humaines, par conséquent le destin qui toque à la porte de l’éternité s’évadera et s’éteindra devant nos regards. A défaut de l’apologie de la foi chrétienne par des convictions et fondements théologiques, la prière de l’Eglise ne serait qu’un pis-aller pour chaque croyant. D’ailleurs la foi grandit et s’affermit dans une intense vie de prière et du silence contemplatif. La prière doit devenir une respiration d’un disciple du Christ.
