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Au Burundi, petit pays triangulaire situé au cœur de l’Afrique, le mariage est le symbole de l’union. Au-delà de la simple rencontre des époux, le mariage a une valeur coutumière et traditionnelle. Il unit les deux familles et scelle un lien socio-culturel et même diplomatique. Avec le progrès de la mode et les défis économiques, les cérémonies du mariage semblent toutefois s’abîmer entre la tradition et la modernité. Récit.
Un regard de curieux jeté sur le livre Anthologie des épithalames burundais de Barbara Ndimurukundo ou sur le bouquin La dot matrimoniale au Burundi de l’abbé Marc Barengayabo suffit pour avoir vent des pratiques matrimoniales du Burundi traditionnel. Nul besoin de se rendre dans l’administration pour se faire inscrire, aucun effort de se rendre à l’Eglise pour la bénédiction nuptiale ; tout se passait entre les deux familles suivant un rituel typiquement coutumier. Figurez-vous que même le garçon n’avait pas besoin de jouer les don juan auprès de sa dulcinée ; son père concluait un accord avec celui de la fille et hop! L’affaire est arrangée. Les cérémonies pouvaient durer plus d’une semaine. Hélas, aujourd’hui dans un tournemain, en un seul jour tout au plus tous les rites matrimoniaux peuvent être réalisés. La tradition se vide progressivement de sa saveur sans tout de même perdre ses empreintes.
Mémoire de la tradition
Voici les grands moments du mariage coutumier et traditionnel. Ils restent bien entendu en vogue dans certains milieux conservateurs ou prennent une forme plus moderne sans risque dissolution :
–Gusaba irembo (pré-dot): Le père du garçon ou son représentant en compagnie avec des proches se rend dans la famille de l’élue du cœur (actuellement le garçon prend le temps faire la cour lui-même à sa fiancée) pour demander sa main. La présence du garçon n’est pas tellement importante à ce stade. La pré-dot permet aux deux familles de faire connaissance et de statuer sur la possibilité de l’union de leurs progénitures.
–Inkwano (gukwa=remise de la dot) : Dans la tradition burundaise, la dote ou le gage matrimoniale a un rôle fortement symbolique. Il établit la condition de validité du mariage. En plus d’être un geste de remerciement pour l’éducation de la fille, la dot contient une force vitale sans laquelle l’alliance matrimoniale ne pourrait être scellée. Traditionnellement, la dot se payait en nature (une génisse, des houes, etc.). Aujourd’hui, la pratique la plus observée est celle de verser une somme conventionnelle d’argent.
–Ubugeni (le mariage proprement dit) : il se fait après la remise de la dot. Traditionnellement, le rite du mariage comprenait plusieurs étapes comme gusezera où la fille vivait ses derniers moments avec sa famille. La tante avait un rôle hors pair de prodiguer des conseils édifiants à la future mariée. Kugenda où la fille couverte d’un voile se rendait dans son nouveau foyer accompagnée de sa famille et de ses connaissances au rythme de chants circonstanciels. Kwabirwa qui constituait le cœur du rite. Gutwikurura ou la levée de voile qui se faisait une semaine après les cérémonies du mariage pour permettre à la jeune mariée de réapparaître en public.
Vers le goût de la mode
Les pratiques liées au mariage ont été fortement influencées par la culture occidentale au contact des missionnaires et des colons. Le mariage garde cependant sa valeur unificatrice entre deux familles et reste un rite sacré. Le déroulement des cérémonies est celui qui ne suit presque plus la ligne traditionnelle. Qu’à cela ne tienne, dans une festivité bien organisée, il y a lieu de sentir, même avec cette mode sans cesse croissante, un air de la tradition. Peu sont toutefois ceux qui attendent toujours une semaine pour la levée de voile puisque le rythme de la civilisation ne le permet plus.
Il est on ne peut plus souhaitable de conserver des valeurs traditionnelles encore réalisables. Le patrimoine traditionnel a une valeur symbolique et historique à ne pas reléguer aux tiroirs.
