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Dans la tradition burundaise, on appelle inkwano les biens matériels qu’apporte la famille du jeune homme en vue de gagner la main de la jeune fille à épouser. Tour du concept sous l’inspiration d’un article de la revue Vivons en Eglise, publié en 1992 sous la direction de M. l’A. Adrien Ntabona.
On a employé le mot dot en français, pour traduire l’Inkwano en Kirundi. Oui, la traduction est une trahison. En effet, dot en français signifie : bien qu’apporte une femme en mariage ou une religieuse entrant au couvent. La dot se dit aussi des apports du mari. Autant dire que la langue française n’a pas de vocable pour exprimer cette réalité burundaise et africaine.
De la nécessité de l’Inkwano
Dans le Burundi traditionnel la finalité du mariage était le renforcement et la pérennité de la famille. Porteuse de fécondité, la fille était aussi un capital-travail cédé par sa famille à celle du futur conjoint. La dot avait un triple objectif : acquérir un potentiel de reproduction, de pérennité, un capital-travail. Il va sans dire qu’elle avait une grande importance coutumière dans le mariage, par sa signification et par son rôle juridique par rapport à la femme et aux enfants. À en croire un certain Magnus Ntakirutimana, « sans dot, les enfants nés de l’union conjugale n’appartenaient pas de plein droit à leur père. La femme placée dans cette situation, pouvait, en cas de désaccord grave avec son mari, abandonner ce dernier et s’en aller ailleurs sans risque de poursuite. Si elle inspirait confiance à ses enfants, ceux-ci pouvait la suivre». Irremplaçable, la dot marque le patrimoine culturel.
Evolution dans la pratique de la dot
Autres temps, autres mœurs. Dans la tradition burundaise, c’est la famille élargie qui avait à sa charge le choix des fiancées de ses agnats mâles. Le jeune homme dépensait peu de temps et de moyens pour s’apprêter au mariage. Certains pouvaient se voir dans l’obligation de se marier à des femmes qu’ils n’avaient jamais croisées au coin du sentier du village; parfois, des femmes victimes d’une certaine infirmité mais admirées par les délégués de la famille élargie pour l’aisance matérielle des familles de leur ressort. Aujourd’hui, Dieu merci, les jeunes se choisissent leurs partenaires. Les jeunes filles offrent même des cadeaux à leurs fiancés pour négocier leur mariage. Une micro-culture de Bubanza en témoigne : la jeune fille offre du poulet cuit à l’élu de son cœur, sous le toit paternel.
Dans la société traditionnelle burundaise, la dot se payait en nature : vaches, houes et bijoux. C’est depuis un certain nombre d’années, que le paiement s’effectue en espèces. Ainsi par exemple, en 1992, le montant de la dot en milieu rural se situait entre 10.000 et 60.000 BIF tandis qu’elle varie de 80.000 à 150. 000 BIF en milieu citadin. Où en sommes-nous aujourd’hui ? La valeur de la dot monte exponentiellement au point qu’il est des burundais qui rêvent la dot en dollars. Ce qui ne va pas sans conséquences énormes.
Défis socio-économiques de l’Inkwano
A un certain moment, l’Inkwano a changé de nom sans changer de fond et est devenu agashimwe, vocable signifiant don accordé en signe de reconnaissance envers la future belle-famille. Cet agashimwe a sensiblement augmenté pendant que la paupérisation gangrène pas mal de familles. Un phénomène complexe pointe toutefois à l’horizon : Quelques de familles aisées donnent des surenchères, des gros » agashimwe », ce qui d’ailleurs entraîne une certaine imitation compétitive: quel montant versé comme geste de reconnaissance pour gagner la main de la fille d’untel? se renseigne-t-on. C’est au moment où nos jeunes issus des familles rurales en restent fascinés et lancinés. Par exemple, pendant qu’autrefois la construction de la maison du nouveau foyer n’était pas laissée au seul jeune homme, toutes les charges sont supportées par lui tout seul.
La dot constitue certes une grande richesse culturelle et sociale à encourager et à sauvegarder. Il sied néanmoins de la purifier de ses déviations matérialistes. Il est on ne peut plus urgent de trouver des stratégies adéquates pour que l‘Inkwano serve à épanouir le nouveau ménage au lieu de le ruiner dès sa création. La belle famille devrait se désillusionner de la dot « en dollars » dans la mesure où même le jeune époux a coûté beaucoup à sa famille. Dans tous les cas, le dialogue et l’entente prévalent et non les dollars !
