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Quand le silence parle plus fort que les mots! Il est des nouvelles qui arrêtent le temps. Des nouvelles qui figent les lèvres, troublent les cœurs et imposent le silence à l’âme. La disparition récente de Mr. l’Abbé Amand KANA, Père du foyer de charité de Bujumbura fait partie de ces événements qui ne laissent personne indifférent. Elle a traversé nos communautés comme une onde de choc, secouant les certitudes, et réveillant les souvenirs.
Un don de Dieu aux hommes
Franchement parlant, le Père Amand KANA ne me connaissait pas du tout : pas un jour nous nous sommes croisés un à un, pas une occasion j’ai échangé avec lui. Néanmoins, j’ose affirmer que je le connais comme prêtre, prédicateur, père spirituel, guide des jeunes, des couples et des familles. Plus d’une fois, j’ai été tout ouïe quand il prêchait, pendu à ses lèvres, j’ai bu ses paroles. Je ne peux reproduire ici aucun de ses sermons. Je ne parviendrais pas à trouver quoi dire et quoi laisser. Toutes ses paroles valaient leur pesant d’or, tous ses arguments faisaient mouche. Il fut avant tout un serviteur fidèle de l’Évangile, un homme donné, un semeur infatigable de la Parole. Toutes ces raisons me donnent raison de rendre hommage à l’homme et au prêtre qu’il fut.
Un prêtre selon le cœur de Dieu, un prédicateur habité par la Parole
Parler du Père Amand, c’est évoquer une vie entièrement consacrée à Dieu et aux autres. Il ne s’est pas contenté de porter une soutane ou un titre ; il a incarné son sacerdoce avec cohérence, conviction et amour. Faite avec brio, sa prédication ne laissait personne indifférent. Elle ne cherchait ni l’effet facile ni l’éloquence vide, mais touchait les cœurs par sa profondeur, sa clarté et sa force intérieure. Sa rhétorique, maîtrisée et élégante, était toujours au service du message : annoncer le Christ, sans compromis, mais avec miséricorde. Lors des retraites spirituelles, ses paroles devenaient souvent des lieux de conversion. Beaucoup peuvent témoigner que, par une phrase, une image biblique, un silence bien placé, il a réveillé une foi endormie ou pansé une âme blessée.
Un père spirituel, un pasteur proche des réalités humaines
Il fut également un père spirituel exigeant et bienveillant, conscient qu’il n’éclairait pas seulement des intelligences, mais des consciences. Il savait rappeler la vérité sans dureté, corriger sans humilier, encourager sans flatter. Pour beaucoup, il fut un père, au sens le plus noble du terme : présent, attentif, capable d’écouter longuement, d’accompagner patiemment, de porter les fardeaux des autres dans la prière. Proche des réalités humaines, il fut près des jeunes, des couples et des familles : tous trouvaient auprès de lui une oreille attentive et un cœur ouvert. Il parlait de Dieu sans jamais oublier l’homme. Il rappelait les exigences de l’Évangile tout en respectant les fragilités humaines. C’est ainsi qu’il a gagné de nombreuses âmes au Christ, non par contrainte, mais par attraction. Sa vie fut un témoignage silencieux mais éloquent : celui d’un homme qui a pris au sérieux son « oui » à Dieu.
Mais vraiment, la mort ? Un mystère!
Pourquoi la mort ? Pour l’homme, la mort est un scandale. Elle semble interrompre brutalement les projets, les rêves, les élans. Elle laisse un vide que rien ne peut combler immédiatement. Toutefois, d’après la sagesse antique, philosopher, c’est apprendre à mourir. Et les contemporains de dire que la mort est la possibilité la plus propre de l’homme (Heidegger). Quant à la foi chrétienne, elle n’élude pas totalement cette épineuse question. Cependant l’Epitre aux Romains mérite une méditation particulière : « En effet, nul ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même. Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur » (Rm 14, 7-8). Ainsi donc, pour le croyant, elle est aussi un passage, une Pâque. La vie n’est pas enlevée, elle est transformée », nous rappelle la liturgie. De fait, le père Amand, ignorait le jour de sa mort, mais il n’ignorait pas sa mort. Il aimait le dire dans ses prédications. Une vie donnée n’est jamais perdue : rien de ce qu’il a semé n’est perdu. Les paroles prononcées, les sacrements célébrés, les conseils donnés, les larmes essuyées : tout cela demeure vivant dans les cœurs et dans l’éternité de Dieu. La mort ne détruit pas une vie
En définitive, le Père Amand n’a pas attendu demain pour aimer, pour donner, pour annoncer. Sa vie devient pour nous un appel silencieux : vivre pleinement aujourd’hui. Eh bien, attention! A notre naissance, beaucoup de gens débordaient de joie pendant que nous étions les seuls à pleurer. Puissions-nous essayer, autant que faire se peut, de vivre de telle manière qu’à notre mort nous soyons les seuls à exulter de joie au moment où beaucoup de personnes feront couler de chaudes larmes. Un mouvement inverse qui devrait nous servir de boussole notre vie durant. Une gerbe de fleurs à ces serviteurs fidèles qui ne cessent de nous en rendre témoignage. Que le Seigneur les accompagne dans ce voyage sans retour!
Paix à votre âme, révérend Père Amand KANA !!!

Merci pour ces mots pleins de reconnaissance. Que le Seigneur accueille son serviteur dans son palais éternel.