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Joseph Ratzinger est l’une des plus belles figures intelligentes dont peut se vanter l’Eglise catholique depuis un demi-siècle. Lui-même témoigne de sa carrière : « Je n’ai jamais essayé de créer un système propre, une théologie particulière. Ce qui m’est spécifique, c’est que je veux tout simplement penser avec la foi de l’Eglise, penser avec les grands penseurs de l’Eglise. »1 Ratzinger est l’un des tout premiers, dans la théologie de 1950, à mettre en valeur l’Eglise comme peuple de Dieu. Se définissant ainsi, l’Eglise cesse d’être définie à partir de sa hiérarchie. Ce qui se vêtira d’une grande ampleur autour du concile Vatican II. Dans son discours programme, il dit : « Je ne vais pas faire ma volonté, ni suivre mes idées, mais avec toute l’Eglise, me mettre à l’écoute de la Parole et de la volonté du Seigneur, et de me laisser guider par Lui, de manière que ce soit lui-même qui guide l’Eglise en cette heure de son histoire »2.
Une carrière théologique emblématique
Il était d’abord et avant tout un théologien féru de contemplation du mystère divin. Il a toujours résisté à la tentation d’emprisonner la Révélation dans un carcan idéologique. Cherchant à garder une tension féconde entre le déjà-là et le pas-encore du Royaume de Dieu, Joseph Ratzinger sut distinguer ce qui relevait de l’authentique Révélation en Jésus Christ de tous les réductionnismes aussi populaires fussent-ils. Il a donc réussi à se tenir avec courage et équilibre devant le raz-de-marée de la confusion. De là, il dit qu’il faut avoir le courage de résister à l’apparente scientificité, ne pas se soumettre à toutes les hypothèses du moment, mais penser réellement à partir de la grande foi de l’Eglise, qui est présente en tout temps et nous ouvre l’accès à la vérité.
Le pape Benoît XVI nous a laissé un double héritage théologique : « d’une part, une œuvre gigantesque à inscrire au patrimoine de la grande Tradition théologique de l’Eglise et, d’autre part, le défi de faire de notre vie le lieu de la révélation de la divinité parmi les hommes ».
Les « mystères Ratzinger »
Benoît XVI est perçu comme un homme de « la fidélité au service de la vérité ». Ces concepts dits « mystères Ratzinger» indiquent le portrait unique de son personnage.
–Fidélité: Ratzinger est fidèle à son Eglise. Dans son traité Entretien sur la foi, il dit : J’ai toujours voulu rester fidèle à Vatican II, cet aujourd’hui de l’Eglise, sans nostalgie pour un hier irrémédiablement passé, sans impatience pour un demain qui ne nous appartient pas.
-Vérité: Dans son ministère, il avait la hantise, jusqu’à l’obsession, de la vérité. Non pas une vérité parmi d’autres, mais la Vérité révélée par Dieu. D’ailleurs il affirmera : « Même si la vérité révélée surpasse notre discours, et si nos concepts sont imparfaits face à sa grandeur à la fin du compte insondable (Eph3, 19), elle invite pourtant notre raison, don de Dieu pour percevoir la Vérité, à entrer en sa lumière et à devenir ainsi capable de comprendre dans une certaine mesure ce qu’elle croit ».3
-Service: Ce troisième mystère est beaucoup plus qu’une simple cheville entre les deux premiers. Ratzinger, cet homme réputé sans goût du pouvoir, se vit profondément comme un serviteur. Sa pratique assidue, voire ascétique, de la prière, dans le cadre d’une relation très personnelle à Dieu souligne cette attitude de service.
